HISTORIQUE EN FRANCE

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Si l’on mentionne parfois le nom du marquis de Sade comme précurseur de la méthode – en raison des spectacles qu’il dirigeait, vers 1800, à l’asile de Charenton et qui attiraient le Tout-Paris avide de voir des aliénés en représentation –, on attribue plus sérieusement l’origine de l’art-thérapie au peintre anglais, Adrian Hill, qui en fit le premier l’expérience en 1940.


Tuberculeux et placé en sanatorium, il entreprit, durant sa convalescence, d’entamer une flânerie sur papier qui, au grand étonnement des médecins, lui octroya un rétablissement rapide. « Lorsqu’il est satisfait, l’esprit créateur […] favorisera la guérison au cœur du malade », écrivit-il. Intéressée par cette approche, la Croix-Rouge britannique l’utilisa avec ses patients. En 1950, les premiers programmes de formation en art-thérapie virent le jour aux Etats-Unis.

En France, il fallut attendre 1986, malgré une pratique bien antérieure, pour que le concept soit enfin reconnu par la communauté scientifique au cours d’un congrès international.

Exposition L’auto-guérison par la couleur

Dans le cadre d’un vernissage, l’exposition « De la douleur à la couleur » de Pierre Garel a été inaugurée le 9 mars au KUNSTRAUM226 devant le Stade Municipal de Ouagadougou. Il s’agit de la première collaboration entre l’artiste français et le Goethe-Institut / Bdl Ouagadougou.

Au commencement était la couleur jaune. Depuis 23 ans, elle est au centre du travail de Pierre Garel. En 1993, sept ans avant qu’il ait commencé à vivre et travailler au Burkina Faso, il s’est décidé d’utiliser que cette couleur dans l’avenir. « C’était comme un jeu. J’ai décidé de l’utiliser jusqu’à ce que je ne sais plus quoi en faire. » Au début il était hésitant si ça n’allait jamais arriver. Maintenant il est presque sûr qu’il ne va jamais atteindre ce point. Une fois jaune, toujours jaune. C’est pour cela qu’on n’est pas surpris de voir cette couleur dans toutes ses facettes et ombrages aussi cette fois-ci comme un fil rouge dans toute l’exposition.

Mais pourquoi ? Pourquoi c’est justement le jaune et pas par exemple le rouge ? « J’aime cette couleur. J’aime la chaleur qu’elle dégage » indique Garel. « Mais en principe j’aurais pu choisir n’importe quelle autre couleur », ajoute-t-il. Plus important que le choix d’une couleur, a été la décision elle-même. C’est ainsi qu’il peut se focaliser sur d’autres aspects d’art au lieu de réfléchir sur la couleur à chaque fois de nouveau.

Mais dans son exposition « De la douleur à la couleur » il s’agit de beaucoup plus que la couleur jaune. « Au début, j’ai voulu faire une exposition sur le travail de mon père. L’idée m’est venu déjà en juin. » Le père de Garel est décédé et l’artiste avait cherché un chemin pour digérer sa douleur. Il l’a trouvé dans l’art. C’est ainsi que Carolin Christgau, la directrice du Goethe-Institut de Ouagadougou l’a approché et lui a offert d’utiliser le KUNSTRAUM226 pour son travail.

Le KUNSTRAUM226 est un projet temporaire du Goethe-Institut qui offre une alternative aux artistes nationaux et internationaux de travailler sur leurs propres concepts d’exposition pendant une longue période. Jusqu’à fin avril le KUNSTRAUM226 était une salle entièrement construite des palettes en bois qui ont fait de cette construction expérimentale une œuvre d’art elle-même.

Pour un artiste comme Pierre Garel, ce cadre est l’idéal pour travailler de façon créative.  Il a accepté l’invitation. La suite a été un processus de la création artistique. Garel réfléchissait de son travail en tant que professeur d’art, qui lui fait beaucoup de plaisir ainsi que de sa position dans la société. Ayant 50 ans, il a eu l’impression d’être entre deux générations. Il s’est demandé ce qu’un père peut transmettre à son fils, et ainsi un professeur à ses élèves. « Il y avait mon père, mes élèves et la couleur jaune » a fait savoir Garel. « J’ai réfléchi comment combiner tout cela dans une exposition. »

Son premier travail était une installation qui maintenant porte le nom « Plan de travail d’un artiste-scientifique ». Elle contient des photos de ses élèves qui au fur et à mesure ont été modifié artistiquement. Il avait accompagné ce groupe pendant plusieurs années à un lycée. Maintenant leurs chemins s’écartent, mais il est très fier de ce qu’ils ont pu réaliser ensemble. C’est à cause de cela qu’il s’est décidé de laisser certains d’entre eux participer à son exposition. Cinq élèves ont créé leurs propres œuvres qui sont également exposés au KUNSTRAUM226. « La possibilité de transmettre mon savoir à mes élèves est une façon d’auto-guérison pour moi » dit-il. Exactement comme la couleur jaune. Le travail avec cette couleur chaude lui aide à digérer sa douleur et de se guérir lui-même. Ce n’était donc pas un choix quelconque.

Garel a été inspiré par Joseph Beuys. L’artiste allemand avait également le but de guérir avec l’art. Pas soi-même, mais la société moderne et occidentale qui était noyauté par des mécanismes maladifs.  Beuys a influencé le travail de Garel d’une telle manière qu’il lui dédie sa propre vitrine dans son exposition. Dedans, il y a des photos des œuvres de l’artiste allemand, entre autres des installations « Schmerzraum » et « Lieu de travail d’un scientifique-artiste ». Les idées qui y sont traitées se retrouvent aussi dans l’exposition de Garel. Le thème de la « douleur » est omniprésent dans son exposition.

L’expression « artiste-scientifique » a cependant été marqué par Hervé Fischer et décrit un artiste qui se laisse inspirer dans son travail par le rôle sociétal de plus en plus important des sciences.

Garel aussi s’est penché sur les sciences de façon artistique, ou bien précisément sur le travail d’un scientifique très particulier : son père. Ce dernier était biochimiste, et son travail lui avait toujours fasciné puisqu’il examinait des choses que beaucoup d’autres scientifiques n’examinaient pas, par exemple la cristallisation du chlorure du cuivre. Il valorisait des processus naturels et esthétiques. Maintenant lui aussi établi une connexion entre la nature et l’esthétique, pas en tant que scientifique, mais en tant qu’artiste. Cette relation devient très clair dans son installation « Portrait d’un chercheur ». Elle est composée d’une grande photo retouchée qui montre son père à sa table de travail et d’une petite table sur laquelle des différents objets du quotidien d’un scientifique sont positionnés. Les deux éléments sont connectés par le fil jaune d’un cocon de soie. Il file d’une éprouvette sur la table jusqu’au portrait de son père au-dessus.

Pour Garel, le processus créatif de la création est aussi important que le résultat. « C’est de l’art aussi », dit-il ; et ainsi déclare le chemin vers l’œuvre un art lui-même. Et il n’est presque jamais droit. Beaucoup de ses idées initiales se sont transformées pendant le processus de travail. « Au début j’avais prévu de diviser l’exposition en deux. Je voulais créer un ‘Schmerzraum’ (espace de la douleur) en référence à Beuys et un ‘Farbenraum’ (espace de la couleur) en antagonisme du premier. » Mais à la fin, tout était carrément différent. Son père, ses élèves et la couleur jaune sont traités dans chaque œuvre. Seulement dans la musique qu’on peut entendre dans la salle d’exposition, son idée initiale a pu résister. Dans une partie de l’exposition on entend des sons rauques de la musique industrielle moderne et dans une autre partie on entend Bach. « De la douleur à la couleur » est ainsi explorable également avec l’oreille chez Pierre Garel.

Auteur

Un récit de Marica Tomiak (stagiaire Goethe-Institut/Bdl Ouagadougou)

Copyright: Goethe-Institut / Bureau de liaison Ouagadougou
Avril 2017